Pas loin de cinq ans déjà, nous avons vécu, pour emprunter le mot à Beckett, l’innommable. Mais malgré ce 12 janvier 2010, combien ont cru, les optimistes, bien que sous les décombres, à notre résurrection, notre éveil grâce à cette énième chute ? Et combien avaient déjà oublié nos années de lourdes chutes, de retards, dues à l’obscurantisme, la censure, la chasse aux sorcières, la réprobation, la dictature, le totalitarisme ? Ils ont, dans leur indulgence, omis que les raisons de nos chutes, on les nourrissait, les fomentait nous-mêmes, bien longtemps déjà. Pis, que cette métastase, ce cancer gangrénait déjà en nous, prenait sa place, sans que jamais nous ne fassions l’effort de nous en rendre compte. 

 

Les années se succèdent maintenant après la grande catastrophe, près de cinq ans déjà. Peu à peu le temps finit par calmer les ardeurs, et la résilience finit par remplacer l’optimisme béat, l’ingénu. Le miracle ne se fera pas. Mais nous sommes debout encore, prêts à aplanir d’autres obstacles, prêts à recevoir des coups, les esquiver, pour redevenir de nouveau vainqueurs.

 

Le festif, dans toute communauté humaine, ne sert-il pas de trêve supportable, d’un bel instant de joyeux bilan, d’éveil ? Un festival n’est-il pas un véritable lieu de renouvellement des idées, l’occasion d’un bel élan de vie ? N’est-ce pas un moment de grand bouleversement possible ? On se retrouve en fête, on s’organise en festival, pour donner lieu à ce moment allègre, réjouissant, qui devra permettre de réfléchir, de se remettre en question, de chercher un nouvel horizon.

 

Un festival est un rituel de régénérescence, de retournement. Sa richesse est indispensable pour permettre à l’humain que nous sommes de pouvoir porter un œil ludique - et donc critique - sur la réalité qui nous entoure, pour la régénérer. S’il souscrit à cet engagement, il ne connaitra nulle Apoptose.

 

Car il est enfin temps de voir les villes, les hommes, les femmes debout vraiment. Il est temps de voir s’abattre ces mille milliards de ruines qui les enlaidissent, ankylosent leurs pas, bloquent leur avancement. Puisque les ruines ne tomberont pas d’elles-mêmes, et que c’est à nous-mêmes de les faire tomber, afin qu’on régénère…

 

Qu’on régénère ! Qu’on régénère enfin ! Que le festival soit donc ce lieu du vivant, de la régénérescence ! Ce lieu de découverte, de l’éclosion du visible et du dit ! Qu’il soit pris en main par tous ceux qui sont les premiers concernés, les collectifs humains animés par le sensible. Qu’il mette en exergue les inspirations les plus originales. Qu’il révèle la vitalité du milieu dans lequel et pour lequel il existe ! Et que les esprits qui l’animent concourent à ensevelir ces tas, ces mille milliards de tas de ruines qui nous entourent !

 

 Guy Régis Jr, directeur artistique

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